L’œuvre du jour

« Sous-sol au mannequin de tailleur » : témoignage d’un quartier et d’une époque

Notre oeuvre du jour, « Sous-sol au mannequin de tailleur » fait référence aux conditions sociales et économiques des Juifs montréalais entre 1930 et 1940, soit, une époque au plus fort d’une crise économique. En effet, c’est durant cette période que Louis Muhlstock développe un intérêt particulier pour son environnement immédiat : celui des taudis abandonnés aux pièces vides. Par le biais de son oeuvre, il alors tente de traduire la désolation des lieux et la triste situation d’une population chassée de leur logement et forcée d’abandonner dernière elle ses biens. Il y pense l’espace, la géométrie et la lumière en plus de mettre l’accent sur l’absence de la figure humaine. Seul est le mannequin laissé par les anciens occupants du logement: celui-ci comme témoin sensible aux conditions précaires des « ghettos juifs ».

Il faut savoir que nous sommes à l’époque où de nombreuses familles de Canadiens quittent la campagne dans l’espoir de trouver un travail en ville. Pour le quart de la communauté juive, celui-ci est en 1931 employé de l’industrie du vêtement ou du produit du textile. C’est dans ce contexte que Muhlstock peint l’espace du monde clos d’un intérieur et de la promesse d’une évasion extérieur inaccessible. «Sous-sol au mannequin de tailleur » offre au spectateur, un témoignage engagé sur les conditions déplorables des logements de l’époque.

Par le biais de l’harmonie des couleurs, il transforme son sujet en « ruine somptueuse » à l’atmosphère sereine qui transcende la triste réalité : Muhlstock le revalorise. Avec l’arrivée de la deuxième Guerre Mondiale, les effets de la crise économique s’estompent peu à peu à Montréal. L’artiste délaissera ses taudis pour s’intéresser à un visage plus attrayant de la ville. Ne reste que Muhlstock s’inscrit dans la liste des artistes engagés de la cause populaire, comme témoignage humain sincère.

  L. pour Ceux du Jour

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